Etre bienveillant envers soi-même

Les conflits intergénérationnels au quotidien

Cette année, au bac de philo en filière S, le sujet était « peut-on se libérer de sa culture ? ». Loin de moi l’idée de vous répondre à cette question avec une dissertation, j’ai même plutôt envie de vous en poser une autre : peut-on se libérer de son éducation ? Ou encore, « a-t-on vraiment la liberté d’éduquer nos enfants comme nous l’entendons » ?

Je me pose aujourd’hui très sérieusement ces questions parce que j’ai l’impression que notre liberté est quelque peu biaisée. Que nous sommes voués à défendre corps et âme nos choix sans jamais vraiment être entendus, reconnus ou acceptés. Pire, en étant jugés, dénigrés et même moqués.

Il n’y a généralement aucun problème quand on reproduit ce que l’on a vécu. Aucune question à se poser, les choses se font simplement et nous avons alors l’impression d’avancer sur le bon chemin puisque les générations qui nous précèdent vont dans le même sens. Mais lorsqu’on s’en écarte, ou qu’on prend une route différente voire contraire, qu’en est-il ?

Je suis sûre que vous avez déjà vécu cette situation de conflit familial avec les « de mon temps ça ne se passait pas comme ça », « avant c’était quand même mieux », « il y avait plus de respect », « tu vas en faire un capricieux », et mille autres phrases de ce genre ou encore, ce que j’aime appeler, les « yaka faukon ». (Mais si, vous connaissez sûrement : « il faudrait que tu ailles le coucher là, il est fatigué », «  et si tu n’y allais pas toutes les cinq minutes aussi, laisse le un peu pleurer tu verras »…)

Vous avez beau expliquer mille fois vos choix éducatifs, vous avez toujours droit à ces fameuses phrases, comme si soudainement vous alliez changer d’avis.

Les dîners en famille deviennent vite un calvaire fait de reproches et d’incompréhension. Nos parents se sentent-ils jugés de l’éducation qu’ils nous ont donné ? Très certainement. Si nous avons choisi de faire différemment, ou à l’opposé, c’est bien que leurs méthodes ne nous plaisent pas. Ils se sentent à leur tour jugés, même si pour nous ça n’est pas le cas.

Parfois, les tensions familiales sont tellement intenses que la seule solution est de couper les ponts ou d’espacer les visites. On prend garde à ne pas trop parler des sujets qui fâchent, à mettre son poing dans sa poche, et à ne surtout pas vouloir convaincre la partie adverse. Mais les relations familiales en sont souvent dégradées. Pourtant, nos parents ont été parents aussi avant de devenir grands-parents, et ont parfois été eux mêmes en conflits avec leurs propres parents. L’ont-ils trop vite oublié ? Pensent-ils que, finalement, c’est un passage obligé, comme l’adolescence ?

Et ce n’est que la partie familiale….. n’avez-vous jamais connu cette situation dans votre milieu professionnel ? Moi si.

Ainsi, je me suis laissée entendre, une fois, que je n’avais pas le droit de me plaindre de ma fatigue, car je faisais le choix de ne pas laisser pleurer mon enfant la nuit. Et comme c’était un choix volontaire, il fallait que je prenne ma fatigue sur moi, sans avoir le droit de m’apitoyer. J’avais la possibilité de ne pas être fatiguée, en choisissant un autre mode éducatif pour mon enfant. Le plus important étant, apparemment, d’être en forme et efficace au travail. Quel beau discours culpabilisant et moralisateur ! Si mon choix était contre celui de mes collègues, alors il me fallait le taire car je ne voulais pas entendre la « bonne solution » qu’ils détenaient.

Faut-il alors ne plus parler de ses choix, de ses envies de faire différemment ? Est-il impossible de partager des expériences entre deux générations différentes ?

Avez- vous remarqué à quel point les personnes qui nous jugent pour nos choix différents semblent sûres d’elles, parce que l’éducation de leurs enfants est faite ? Nous ne jouons pas à égalité, car celle que nous donnons est en cours, et qu’il n’est pas possible de prouver tout de suite le résultat de cette éducation. Alors qu’eux peuvent le faire. En surface. Parce que si l’on creuse, chose qu’ils ne veulent pas qu’on fasse, nous pourrions en trouver, des problèmes. Des problèmes de manque de confiance, de peurs, d’angoisses… des problèmes que nous cherchons à éviter pour la génération future, celle que nous éduquons aujourd’hui.

La partie éducative n’est qu’une petite goutte d’eau des problèmes intergénérationnels malheureusement, car ils sont également nombreux dans le domaine professionnel, et pour être plus précis, dans la manière d’exercer une profession. Ce qui m’attriste le plus est de constater que ma génération commence déjà à critiquer celle qui arrive tout juste dans le monde du travail, sans essayer de chercher à comprendre.

Ne pourrait-on pas arrêter tout cela ? Ne pourrait-on pas laisser les gens être libres sans vouloir constamment penser qu’on détient la meilleure façon de faire ?

Je crois pourtant que la solution existe et qu’elle s’appelle OUVERTURE D’ESPRIT.

J’espère qu’un jour je serai moi aussi grand-mère, et que j’aurai alors gardé mon ouverture d’esprit que je m’efforce de travailler.

Et puis, on peut sans doute garder dans un coin de notre tête, cette petite phrase : « il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis ».

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