Etre bienveillant envers soi-même

La fête des mères.

C’était le dimanche 27 mai, le jour de la fête des mères. Nous venions de manger et j’avais été gâtée par mes enfants : elles avaient mis tout leur coeur à fabriquer les traditionnels cadeaux que l’on attend impatiemment chaque année. Ces fameux cadeaux qui nous font parfois sourire mais qui nous touchent toujours au plus profond du coeur.

Nous étions dans le jardin au moment où je l’ai vue passer. Une femme d’une trentaine d’années, peut-être plus, qui se promenait seule. Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’infinie tristesse qu’elle avait dans le regard. Comment pouvait-on être si triste le jour de la fête des mères ?  Elle avait un petit ventre, était-ce celui d’une grossesse naissante ou celui qui permettait de se dire qu’elle avait déjà eu des enfants? J’aurais pu faire mille suppositions, mais je ne pouvais m’enlever ce regard triste de l’esprit. Prétextant d’aller jeter les bouteilles en verre, je suis sortie de la maison, en décidant de la suivre. J’ai hâté le pas et je l’ai retrouvée un peu plus loin. J’avais l’air un peu bête avec mon sac de bouteilles, surtout que je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Des cris d’enfants et des rires d’adultes s’échappaient de toutes les maisons du quartier. C’était une belle journée de fête des mères, mais visiblement pas pour tout le monde.

Je n’arrêtais pas de me questionner. Pourquoi avait-elle l’air si triste? Et pourquoi l’avais-je suivie? Elle était peut-être seulement en train de rentrer chez elle? Depuis que j’étais petite, je me faisais des films sur la vie des gens. Je me souviens de ces étés en famille, sur la plage, où je regardais les familles autour de moi en essayant d’imaginer la vie qu’ils avaient. Adolescente, j’adorais me raconter des histoires à partir de personnes que je croisais. J’étais sans doute complètement à côté de la réalité mais je m’en fichais, j’avais refait toute leur vie l’espace de quelques minutes. Finalement, cette habitude était toujours d’actualité, vu qu’aujourd’hui je me questionnais sur cette femme. Qu’est ce que j’espérais en la suivant?

J’ai quand même continué. J’avais passé depuis longtemps le conteneur de verres et je me trainais toujours mon sac de bouteilles vides. Elle marchait tranquillement, plutôt doucement même, ce qui me faisait penser qu’elle ne rentrait pas chez elle.

Au bout d’un moment, elle est arrivée devant un parc d’enfants et est allée s’asseoir sur un banc. J’avais envie de la rejoindre mais j’avais peur de l’effrayer. J’ai continué mon chemin l’air de rien, en me disant que je reviendrai m’asseoir vers elle un peu plus tard, pour que cela ait l’air moins louche. N’importe quoi! Parfois j’avais l’impression de vivre des films, sauf que j’étais souvent la seule! Je continuais quand même à marcher, en me disant qu’à mon retour elle ne serait peut-être plus là…

Mais quand même, peut-être allait-elle très mal et  ma présence lui ferait du bien? Et si elle avait été abandonnée alors qu’elle était enceinte? Et si elle venait de faire une fausse couche et était tout simplement triste en ce jour particulier? Oui mais dans ce cas, elle aurait peut être été avec le papa? Mais qu’est ce que cela pouvait bien me faire après tout? Peut-être que j’aurais mieux fait de rentrer chez moi à ce moment là. Mais je ne l’ai pas fait.

J’ai tourné dans une rue perpendiculaire à celle du parc et je suis revenue sur mes pas. Elle était toujours là, le regard vide. Je me suis approchée et j’ai vu qu’elle pleurait. Ca m’a déchiré le coeur. Je me suis assise à côté d’elle, et j’ai posé mon sac de bouteilles à côté du banc. A mon avis, elle n’était pas en état de se demander ce que je faisais là et si c’était bizarre ou non. Elle a tourné la tête vers moi, et je lui ai souri. Elle a du voir que j’étais pleine de bonnes intentions car elle a esquissé un sourire.

J’ai réussi à ouvrir la bouche.

« ça va? » je lui ai demandé.

« pas trop », m’a-t-elle répondu. Et elle s’est mise à me parler.

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7 réflexions au sujet de “La fête des mères.”

  1. Très joli texte, une émotion que j’ai connu celle de la fête des mères difficile à vivre… Il m’a fallu plusieurs années de combat pour tomber enceinte et aujourd’hui j’ai la chance immense d’être enceinte de mon deuxième enfant. Hier j’ai pensé à toutes ces femmes pour qui être maman n’est pas un bonheur si simple et je mesure la chance incroyable que j’ai d’entendre mon fils m’appelait maman ❤️

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